Jean-Pierre Bocquet

Le Cerf de Saint Denis

cerf*

* dessin de Mélodie Bocquet

Ce dessin de Mélodie m'a inspiré...


Le Cerf de Saint Denis

Au fond des bois parfois, s’entrevoient d’autres bois,
De l’élaphe ayant fui la savane et la lande
Dans la forêt d’Orient ou bien de Brocéliande,
Du cerf que les futaies protègent des abois.

À la source il va boire, en Armor, en Arbois,
D’ondine accompagné, docile à sa demande,
Vêtue de frondaisons ou d’amples houppelandes ;
Il arbore ramure et vit de l’eau qu’il boit.

Mais la meute et la courre en quête de trophées,
D’âtres à décorer, de recettes de fées,
Le tuent en venaison pour de vaines glorioles.

Les cors et l’hallali en font cerf émissaire,
Or l’ambivalent cerf qu’on jalouse et vénère,
Fut jadis Christ en croix, les bois en auréole.


Le taureau: Sonnet d'une mort annoncée

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Le taureau : Sonnet d’une mort annoncée

 

Dans l’arène torride, étouffante et grandiose,

C’est encore et toujours le sang de l’innocent

Que l’on va sacrifier aux éclats rubescents

D’un sinistre ballet, d’une étrange symbiose.

 

Autour du torero, et jusqu’à l’overdose,

S’enroule le taureau, passant et repassant,

Saoulé de muleta aux plis évanescents,

Et s’épuise en sa danse où la mort prend la pose.

 

L’Astérion va mourir, taureau labyrinthique

Qui croit en l’estocade, en la main qui l’applique,

Qui tire révérence au peuple qui exulte.

 

À l’homme il faut le sang, du sang qui le fascine,

Et dans la corrida, quand le taureau s’incline

Le cou ensanglanté, tout est objet de culte.

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Covid out

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Covid out

 

Ah ! ces excès constants des mains, des bras, des têtes,

Ces fous emportements, ces selfies, ces chahuts,

Où chacun chopait l’autre à dia comme à hue,

C’était risque encouru et la mort dans la fête.

 

Désormais la Covid nous plante ses arêtes

En travers de la gorge, lors nos poumons déçus

Sont contraints de tousser en coudes leur rebut

Et nos mains de bénir savon que rien n’arrête.

 

Quand l’amour du prochain respecte les distances,

Que le masque sied bien à l’ami qui s’avance,

On peut parler, se voir, rêver de lendemains ;

 

Il suffit que chacun s’applique à quelques gestes

Pour vaincre ce virus qui sinon nous empeste.

Les cœurs à l’unisson pallient cent fois les mains.

La rue aux oies

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La rue aux oies

 

Il paraît qu’à Paris, on élevait des oies,

Le manant les menant y maniant le bâton

En écartait les chiens, les chats et les ratons,

C’était au temps d’antan, c’était au temps des rois.

 

Lors tous les miséreux dégustaient du gras foie,

De Montmartre aux faubourgs, les gueux, les avortons,

Mais les grands du royaume erraient en tout canton

Et le Gers saccageaient pour s’empiffrer parfois.

 

Rue aux oies, rue aux oues, devint donc un beau jour

Par l’édit d’un roi vil patentée rue aux our(s)*

Dont quelque ursin montreur justifiait le baptême.

 

Car comtes champenois et princes d’Aquitaine,

Tous gens de bon aloi et de bonnes bedaines,

Ont droit comme manants de manger ce qu’ils aiment.

 

*Le "S" d’ours ne se prononçait pas « au temps d’antan ».

oie rotisserie

Le Pic-vert et le Chat noir

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Le Pic-vert et le Chat noir

 

Sur le tronc d’un vieil arbre un Pic tend son cou vert,

Et d’un bec effilé tenacement martèle

L’écorce séculaire en infinies parcelles,

En perce les secrets, la met à livre ouvert.

 

Mais s’en vient le Chat noir de son café-concert,

Et s’en va vers le puits, s’assoit sur la margelle,

Y guettant le Pic-vert pour lui couper les ailes

Et lui clouer le bec en guise de couvert.

 

Et déjà le Chat noir de Lautrec et Toulouse

Se voit plumant l’oiseau sur l’herbe des pelouses,

Y trouver la fortune et les joies du Moulin.

 

Mais le Pic s’envola rejoindre son Albi,

Laissant au Chat Paris, Montmartre en alibi,

Car gravide Nature est Fortune à temps plein.

Chat noir paris montmartre

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Nature a ses raisons...

loup agneau eau croupie

Nature a ses raisons…

 

Le long d’une eau croupie et fort malodorante

Que gonflaient les égouts et l’aisance des fosses,

Le cousin de l’agneau croisa le loup féroce

Complètement éteint, et prêt à toute entente.

 

Ses raisons avortées de croquer gent bêlante,

Le loup périclitait, pleurnichant comme un gosse,

Implorant La Fontaine et l’Ésope à la bosse

D’intercéder pour lui, de combler ses attentes.

 

Quant au futur mouton à la blanche toison,

Quadrupède écolo en toutes oraisons,

Il bêla son sermon sur l’ère industrielle.

 

Si c’est le lot du loup que gigots en pâture,

C’est le droit de chacun de boire eau claire et pure,

Et l’envers du progrès que déchets et poubelles.

La chute du parasite

pou de tete

La chute du parasite

 

 De prestige assoiffés des poux polyvalents

De barbe et de pubis, morpions et parasites,

Se croyaient au pinacle en pompant au plus vite

Dans le cuir chevelu le sang des faux-semblants.

 

Il leur fallait au moins cheveux affriolants

Des plus célèbres rois, tignasses émérites

D’illustres souverains qui toujours les invitent

À vivre en les suçant, en les saignant à blanc.

 

Car le pou se promeut du nectar de ses hôtes,

Entend s’auréoler de tout ce qu’il leur ôte,

Se paya même Hérode et Philippe d’Espagne.

 

Mais à trop en vouloir, ce pou laid, ce pou moche

S’étripe au peigne à poux qui d’un seul coup l’embroche…

À vivre de la trompe, c’est tout ce que l’on gagne.

 

 

Sagace autruche

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Sagace autruche

 

 Pauvre autruche moquée et qu’on accuse à tort

De tant d’évitements, de pleutre politique,

De penser qu’à le fuir disparaît le tragique,

D’être une autruche en somme, assignée à son sort.

 

Mais tout se vend de toi, tout est d’un bon rapport ;

Et l’adipeux chasseur qui te traque en Afrique,

De ta viande à tes œufs s’engraisse en sa boutique ;

Se fait son matelas sans le moindre remords.

 

Et l’ambulant ignare, inculte en la tempête,

Te voyant aplatie, et sous l’aile la tête,

T’imagine froussarde et partout se pavane.

 

Que brusquement le vent l’aveugle, et la bourrasque

Envoie bouler au loin ce fanfaron fantasque…

Qui n’apprend tes leçons ne peut vivre en savane !

Penser...

suivre moutons

Penser…

1.

Je pense, donc je suis. Je suis : du verbe suivre ou du verbe être ? Heureuse ambiguïté de la formule en Français ! Il faut passer à « tu penses donc tu es » pour la lever. Comme quoi on pense avec les autres.

2.

Puisque panser et penser ont la même origine, panser c’est penser et réciproquement…De là la grandeur et la noblesse du métier de soignant.

soignants

VIE

Vie

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Qu’est-ce que la vie ? Un simple tiret entre deux silences. Mais sans ce tiret, rien ne serait.

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Un roi trop mégalo

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Un roi trop mégalo

 

Le roi des animaux rugissant à la ronde

Convoqua tout son ban, tous ses grands feudataires,

Et l’on vit accourir léopards et panthères

Charognards à l’envi, tout ce qui grogne et gronde.

 

Pour pallier pandémie qui menace le monde,

Le conseil décida la chasse sanitaire,

De croquer sans pitié les proies contestataires,

D’emprisonner la faune en réserves immondes.

 

Il suffirait alors, à ces gueules avides

D’attraper dans le tas des proies tenues en bride,

De quoi se régaler un peu partout sur terre.

 

Le roi des animaux étant le roi des cons

Crut plier la nature à ses édits abscons,

Mais mourut infecté d’un simple abcès dentaire.

 

Qu'est-ce que l'Homme?

 

Homme en chemin

Qu’est-ce que l’Homme ? Une porte ouverte sur le monde. À lui de se mettre en chemin.

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Madame Agasse

pie

Madame Agasse

 

Sur tous les troncs juchée, jacasserait Agasse ;

Ce serait là, dit-on, son défaut récurrent.

Mais insidieusement la rumeur se répand

Que la pie piquerait ce qui brille et qui classe.

 

Et sa belle livrée, que jamais rien n’encrasse,

Cacherait cœur enclin aux bijoux, à l’argent,

À tout ce qui reluit, à l’envie de clinquant…

Et circulent cancans qu’Agasse ferait casses.

 

Pauvre pie décriée par tous ceux qui médisent

Et volent sans voler les troncs dans les églises !

C’est en eux qu’on peut voir les crimes qu’ils te prêtent.

 

Et vous, âpres au fric dans de légaux larcins,

Où tissu vaut de l’or et bientôt le vaccin,

Experts en l’art du vol, bien plus que pie peut, l’êtes !

 

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Le rêve du loup

loup et autres animaux

Le rêve du loup

 

 Jupiter ordonna que tous les animaux

Aient droit à un cadeau, chacun selon son rêve.

On vit des bourricots réclamer droit de grève

Et plus d’une grenouille un voyage en bateau.

 

L’éléphant barrissant, souffrant de quelques maux

Réclamait sa piscine, et les buffles des trêves,

Lassés des safaris où l’homme les achève.

Le vison l’adjura qu’il lui fasse autre peau.

 

Quant à l’homme, il voulait le tout et son contraire.

Puis, du fond des grands bois, le loup fit sa prière :

Il voulait simplement une bibliothèque.

 

Jupiter se doutait que le loup qui dévore,

En dévorant romans, tout ce que lit encore

En s’honorant le rat*, levait une hypothèque.

* de l'expression " rats de bibliothèque" pour désigner les grands lecteurs..

Le rat et son fromage

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Le Rat et son fromage

 

 L’illustre Radégoût, de cave et de trottoir,

Des lustres fit son beurre à gruger de fromage,

À pâte molle et dure, au lait de Sassenage,

Les chalands de tout bord, du matin jusqu’au soir.

 

L’argent entrant à flots, jamais ne dut déchoir

Radégoût le finaud à emprunter sur gages

Et pourtant couinait comme au temps du servage,

Jouant les miséreux, pleurant dans son mouchoir.

 

Et de fourme d’Ambert au vieux chèvre au lait cru

Ne flairait que l’argent trébuchant. Qui l’eût cru ?

Quand il faisait boulette, elle arrivait d’Avesnes.

 

Mais à trop truander sans se donner de peine,

Tout finit par couler, la vache n’est plus pleine…

Radégoût à la rue, son affaire décrût.

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Canards en barre

canards

Canards en barre

 

 Cancanant à l’encan, attirés par la mare,

Trois canards arpentaient le pourtour d’un terrain,

Les deux pieds en écart et dandinant des reins,

Ils rêvaient d’acquérir ce lieu des tintamarres.

 

Coin coin coin…coin coin coin !

 

Une cane accourut, magnifique ovipare,

Sur le point d’accoucher avec amour, entrain,

Cancanant à son tour, d’un œuf adultérin.

Le foie de cette cane était de l’or en barre.

 

Coin coin coin…coin coin coin !

 

Par milliers les canards s’encaquant en ce lieu,

Barbotant à l’envi aux coins comme au milieu,

Devinrent valeur phare en CAC des volatiles.

 

On en fit du magret, on en fit du confit,

On en fit du gésier, canard laqué l’on fit,

Mais surtout de l’argent, et du tendre, l’utile.

 

Coin coin coin…c’est l’action de demain…

 

Le coup de l'hermine

 

hermine (2)

Le coup de l’hermine

 

Un soir la blanche hermine apprit de la corneille

Que l’odieux Tyranneau qui régnait en ces bois

Voulait avoir sa peau avant la fin du mois,

Qu’elle était mise à prix, estimée sans pareille.

[...]

Ce sonnet sera publié dans un recueil...

 

 

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L'ère du vide

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J'apprécie toujours la sagesse et la mesure des spécialistes d'une question. Ça me change des spécialistes de rien qui se prétendent spécialistes de tout.

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Le dromadaire et le gredin

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Le dromadaire et le gredin

 

Un ignare gredin et vil énergumène

Voyant un dromadaire alangui sous sa bosse,

Se surprend à rêver d’en faire son carrosse,

D’enfin se dispenser de marches inhumaines.

[...]

Ce sonnet sera publié dans un recueil...

dromadaire (2)

 

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Moustique urbain

moustique tigre

Moustique Urbain

 

 Dans les bacs, dans les pots, dans toute eau qui croupit,

Un petit monstre ailé pond sa progéniture ;

Et ce tigre zélé en tout lieu s’aventure

Dès qu’il peut nous piquer, vifs autant qu’assoupis.

 

Se gorgeant par nuées du sang qui les nourrit,

Ces vampires sournois de surcroît nous torturent

De disgracieux boutons dont l’œdème perdure ;

De quoi se les crever à coups de bistouri.

 

L’autre jour écrasant d’une tape sauvage

Ce moustique à l’ouvrage et suçant son breuvage

Sur mon derme entaillé, je crus à ma victoire,

 

Mais comme Gulliver à Lilliput en vrille

Las ! Las ! J’avais omis de penser aux chevilles.

C’est souvent par les pieds que viennent nos déboires !