En attendant la sortie de " Un grand maître dunkerquois", je vous proposais un quatrain par jour, en rapport direct avec ce thriller! 1er quatrain le 6/11/2011, dernier le 25/01/2012.

GrandMaitre

1.

Quand février viendra, juste avant le carême,

Sur l'autel et l'étal des carnes qu'on encense

Sur les fonts baptismaux, bravant les anathèmes,

Un thriller j'offrirai, d'angoisse et d'indécence.

2.

À l'angle des labours, d'un stylet vermillon

Dans l'écrin du Royaert j'ai gravé mon thriller

Et non loin des Royaerts, rouges rhétoriqueurs,

J'ai parfumé de crime le soc et le sillon.

3.

Sur la digue à Malo notre assassin stratège

Arbore innocemment son profil anodin

Et se fige en miroir des madones qu’il piège

Les berçant de désirs jusqu’au moment soudain.

4.

Des fous emportements qui chantent ses victimes

Mon esthète assassin m’a susurré les rimes,

C’est lui qui, souverain, célébrant chaque crime

Burine ce thriller où ma plume s’arrime.

5.

Ce quatrain quotidien qui ne nourrit personne

Est comme un coup de com, une chorégraphie,

Comme un progestatif qu’aux lecteurs je confie

Pour fêter le thriller que Ravet nous bichonne.

6.

 (clin d’œil à Gilles Guillon)

Guillo(n)chons ce thriller et parons-le d’un titre

Où le fil de la mort s’entrecroise en desseins ;

Agiles, décorons de couronne et de mitre

L’ombilical bandeau où vagit l’assassin.

7.

Des mots enchevêtrés essartant ma mémoire,

J’ai fleuri la ramure et les arborescences

Du crime en frondaisons, de l’ADN notoire

Qui tissent mon thriller promis à la naissance.

8.

Commissaire atavique aux tendres commissures

C’est à la fin des mots que le sens apparaît

Que le mal ou le bien se dessinent d’un trait

Et qu’un air de thriller commet ses forfaitures.

9.

Comme vous, comme moi, le tueur que j’enfante

Ne se connaît vraiment que dans ses obsessions ;

Et même s’il occit la reine ou bien l’infante,

Il lui faut avant tout le faire à sa façon.

 10.

J’ai commencé la phrase, j’ai marmonné le mot

D’où surgit le pervers du crâne d’un marmot

Naguère si câlin et même si aimable…

Mais l’enfer est toujours au centre de la fable.

11.

Ô jours écervelés, semaine de délire

 Où Dieu forgea le monde et tout le saint frusquin!

Est-ce Dieu qui pourtant nous forgea l’assassin

Et l’homme si pervers ? Aux lecteurs de le dire.

12.

Si ma douce Florence, au Royaert héroïne,

Était un talisman, un brin de marjolaine,

Pour arracher Florence aux geôles mexicaines,

Aux geôliers j’offrirais mon thriller en sourdine.

13.

Au fond du labyrinthe où gît ce que nous sommes,

Le monstre abasourdi de nos songes malsains,

Je suis allé fouiller l’ambivalent syndrome

Qui nourrit le polar : le crime et l’argousin.

14.

Prenez un Tartempion pétri d’insignifiance

Mettez à mijoter l’avorton prédateur

Sa panse farcissez d’un tropisme de transe

Voilà de quoi servir des tranches de thriller.

15.

L’aliboron Delambre en son commissariat

Sous le poids des arias se cabre et se démène.

Pour cet âne qui brait, j’ai commis les arias

Du macabre opéra d’un assassin amène.

16.

Émule de Tintin, et d’un flair de Milou,

L’astucieux Dubois dans l’enquête s’immisce ;

Pour coincer le coupable il agit en coulisse

Et tend les traquenards où s’enferre le loup.

17.

Un thriller pimenté a tout d’une entrecôte

Que le lecteur dévore, et son œil insatiable

D’intrigue et d’enquêteur, de coupable à la table,

Se repaît du suspens que cuisine son hôte.

18.

Effeuillant du thriller chaque page gravide,

Le lecteur à l’affût s’absout de sa méprise,

Car le vrai prédateur, autant qu’on se le dise,

Plus que le psychopathe est le lecteur avide.

19.

Un vieil air de Souchon comme une cavatine

Se fredonne à Malo, à Bray-Dunes s’envole…

Mieux vaudrait ce refrain aux lèvres assassines

De mon serial killer que pieuses fariboles.

20.

A Hegel, qui affirmait que le mal est autant dans notre regard que dans le monde alentour.

 Hegel, si tu voyais les carnations exquises

Qu’écorche mon killer, bariolant à sa guise

Ses macabres tableaux, tu t’enfuirais hagard,

Philosophe effaré, maudissant ce regard.

21.

Secret cérémoniaire à l’antre des encens,

Le manque a façonné, fossilisé ton rêve.

Le sexe en déshérence et l’obsession sans trêve

Frelatent ta prière en sacrifiant le sang.

22.

L’on dit le chat cruel, satanique on le nomme,

On le pressent pressé de fossoyer les tombes ;

Mais ce sphinx cauteleux habile en hécatombes

N’a rien de ce killer qui sommeille en tout homme.

23.

Sous l’esquif du récit qui vogue à l’aventure

Promis aux vents mauvais et loin de ses amarres

Le maelström prend au mot l’écrivain qui le narre

Creusant le flot malsain où l’assassin perdure.

24.

Au festin du thriller, les mots en ribambelle

Ripaillent en riant, convives de luxure,

D’angoisse coruscante et de cuissots de belles…

Et se goinfrent les mots sans souci de censure.

25.

Sourcilleux zélateur du temps de l’Ecclésiaste,

Mon pervers scrupuleux un temps pour tout proclame

Et s’arroge en chantant un temps pour chaque femme

Qu’il consacre à la mort sous le ciel enthousiaste.

26.

Le crâne est un sépulcre où lentement pourrissent

Des bonheurs entrevus les rameaux, les esquisses ;

La sanieuse obsession de partout le lézarde,

Figurant au pervers la royale camarde.

27.

Sur l’étal du pervers fleurissent à foison

L’article de la mort et ses sombres poisons ;

Et ce bel éventaire a ses exhalaisons

De couronne macabre aux sinistres raisons.

28.

La cruauté, l’inceste et l’ignoble cortège

D’orgie et de noirceur, d’antiques bacchanales

Ne sont que faible écho, prélude au florilège

Qu’un tueur déjanté promet à nos annales.

29.

Comme un os à ronger, ce quatrain que je lance

Aux limiers du matin cèle encore un indice

Et sa moelle a de quoi, criminelle substance,

Alimenter l’enquête aux errances propice.

29 bis.

(Pour Marilyne)

Comme un os à ronger, ce quatrain que je lance

Aux limiers du matin cèle encore un indice

A flairer de concert dans sa moelle propice.

Marilyne a de quoi sublimer sa sapience.

30.

(S’il fréquentait Facebook, s’il lisait ce quatrain, il se reconnaîtrait)

Usant du mot qui sied et du pervers idoine

De Maître Capello mon thriller s’autorise ;

Les coups de l’assassin que le style dédouane

Valent mieux qu’au jaloux son insigne bêtise.

31.

Sans les tas de raison de la raison d’état,

C’est l’unique raison d’arraisonner l’inique

Qui fait débat de mort de l’amour sans ébats.

Le cynique assassin, c’est l’assassin scénique.

32.

Si le préfet des mœurs croisait mon assassin

Il tresserait couronne au roi des apparences,

Accordant son blanc-seing aux silencieux desseins

Du Tartuffe affairé à tuer en silence.

33.

Le lecteur omniscient de mon thriller atroce

Sait tout de mes ressorts mais n’en maîtrise aucun.

À moi de décider le train de ce carrosse

Où l’amour et la mort enlacés ne font qu’un.

34.

Quand le divin marquis derrière ses barreaux

Rêvassait comme un moine aux sadiques sévices,

Il songeait qu’un tueur aux plaisirs subreptices,

Pétri de componction, s’en ferait le héraut.

35.

Tout est drogue aujourd’hui, addiction tyrannique .

L’invisible chimie imprime ses fantasmes.

Le tueur asservi régenté par ses spasmes

Est l’acolyte hélas de la mort qui le nique.

36.

Simiesque façonnier qui croit que Dieu l'imite,

Mon pervers s'autorise à franchir les limites

Du mot blasphématoire et des jeux illicites ;

Et croyant ce qu'il singe, il feint ce qu'il récite.

37.

Comme un tableau flamand où la Barbe en icône,

En madone incolore à la mort se résigne,

Le crime a ses Van Eyck, ses peintres qui nous signent

Les saints enfermements des femmes qu’on détrône.

38.

Masques_Ensor_

James EnsorLa Mort et les masques© ADAGP, Paris - photo MAMAC Liège

Les masques singuliers que nous bariole Ensor

En fresque d’avinés et fantasques fantoches

Semblent suinter la mort, complices et consorts

D’une invisible main aux fatales bamboches.

39.

En funeste arpenteur sur les sentiers obliques,

L’assassin sait déjà les moments, les secondes

Et les coups à mûrir en savantes répliques

Pour glorifier les pas de sa marche féconde.

40.

Si chuintaient les cheveux et bruissaient en rebelles,

Ces cheveux que l'on coupe en deux ou même en quatre

Et qu'un coup de balai destine à la poubelle,

L'histoire on bouclerait de la reine d’albâtre.

41.

Imaginons la rime en quête d’un indice

Et qui s’arrime, sûre, aux mots de la césure ;

Sous le vocable lisse et faux qui la rassure,

Elle accole Fabrice en s’éprenant du vice.

42.

Dans la fidélité ou bien dans l'inconstance,

L'amant ressasse en vain ces satanés poncifs

Tandis que le pervers a trouvé d'autres stances

qu'il fredonne en tuant, compulsif et pensif.

43.

Quand il s’agit, pervers, de prendre dans tes rets,

Tu prends d’abord attache et de là tu prends langue

En rêvant, prédateur, de la victime exsangue,

Enfin prise et rendue à tes sombres arrêts.

44.

Intrigué, l’enquêteur a médité Descartes,

Imité sa méthode et pratiqué le doute

Pour décrypter du jeu les règles et les cartes

De la reine et du roi d’un tarot qu’il redoute.

45.

Méprisant ce Zénon que brise l’aporie,

Jouant au maître queux et se croyant grand clerc,

Mon ténébreux tueur, aux vanités pourries,

Se veut maître de tout, et sans en avoir l’air.

46.

S’il fallait à mon fou bluffer la jeune Anglaise,

Son broken heart dirait « Oh, you can count on me! »

Mais le compte à rebours de l’éphémère ami

Égrènerait la mort sous l’affable fadaise.

47.

Scénariste attentif de l’ultime voyage

De celle qui croyant à tout son cinéma

Se fit embobiner,l’assassin se dégage

Par un œil virtuel de ce qui l’anima.

48.

L’infirmière impuissante à soulager les maux

Du Narcisse avili, fiévreux de majesté,

A cru que son amour par ses mots attesté

Le mettrait sur les rangs de ses amants normaux.

49.

Qu’il eût souverain père et sans doute un peu ponte,

La combine ordinaire eût comblé mon profane.

Mais ce qui lui manqua lui fit régler ses comptes

Dans des dérivatifs aux insanes arcanes.

50.

D’Amérique autrefois et bientôt de Béthune,

Une Berthe posthume et pourtant importune

Irritait mon tueur jaloux de sa fortune.

Car l'estime elle avait sans avoir de la tune.

51.(Noël)

C'est le jour de Noël, la paix des hallebardes,

La dinde est à farcir et pour le coup marron .

D'un œil concupiscent, d'une langue de barde,

Un dévot psychopathe encense son giron.

52.

L'enquêteur est prudent mais la femme intrépide

Sait qu'il faut appâter et qu'une bonne pêche

Commence dans le choix des lignes et de l'esche...

Pour ferrer le tueur, c'est elle qui décide.

53.

C'est dans la seule Iseut , sous l'effet du breuvage,

Que Tristan vénérait l'éternel féminin.

Tandis que Don Juan s'y refusait, volage...

Mon tueur a sa clé, son pernicieux venin.

54.

Si l'amour est morsure et lèvres qui dévorent

Les corps abandonnés aux folles possessions,

Il est aussi prélude aux cernes de l'aurore

Et mémoire en émoi de son exécution.

55.

Quand l'enquêteur patauge, il implore Archimède,

Se coule dans son bain et rêve d’eurêka,

Mais c'est faux que ça baigne et ce n'est pas le cas,

Delambre sans Dubois n'a jamais le remède.

56.

veilleur_au_chien

Le vielleur au chien, Georges De La Tour. ( au musée de Bergues)

 

Un jour, n’y prenant garde, en divaguant à Bergues,

Mon tueur fasciné par le chien de La Tour

S’étonnerait soudain de quelques mots d’amour

Et de son cœur ému par l’insolite exergue.

57.

C'est parfois trois fois rien, un post-it, un chapeau,

Qui pousse un enquêteur à branler tout son monde,

Classiquement s'entend. Mais le tueur immonde

Agit en tapinois et sans laisser de peau.

58.

En ce jour de l'an neuf, promis à ce berceau

Dont l'imprimeur aussi prévoit la couverture,

Mon polar policé de Ravet et d'Anceau

Vous vagit à son tour ses vœux de filature.

59.

Nul besoin suranné de la philologie

Pour jouer aux prénoms de certains personnages.

Et de l'enfant prodigue à la fille au logis

Il suffit à l'auteur de lorgner l'entourage.

60.

Si morale il y a dans un scabreux roman

C'est dans le juste choix d'un prénom d'héroïne,

Symbole d'innocence et d'iniques tourments

Ce prénom c'est la fleur que ma plume dessine.

61.

Vingt-quatre divisions et du jour vingt-quatre heures ;

Sur la règle tu temps où le rite se lit

Le tueur mesurant ses atroces délits

Achoppe et remet ça, se leurrant de ses leurres.

62.

Inceste, cruauté et ballets de bacchantes

Ne sont qu'échos lointains des antiques noirceurs

Et que lointain prélude au pervers qui décante

Dans ses fantasmes fous la gangue de l'horreur.

63.

À foison les raisons de tuer qui nous croise

S'entrecroisent au fil des lubies vagabondes.

Et quand ces raisons-là en déraison abondent

Le plus falot péquin va de l'esse à la crase.

64.

Voilà l’Épiphanie et les rois qui se tirent,

La couronne à porter, la galette et la fève,

La reine en ses atours, la reine dont on rêve...

Mais le roi devient fou et cède à son délire.

65.

L'enquêteur le dimanch(e) n'aspir(e) pas au repos,

Il sait bien qu'ils sont longs, pénibles les efforts

De la tâche à mener pour se payer la peau

Du meurtrier qui court, aux traquenards retors.

66.

Le polar a ses mots, son signe et ses figures

Qu'il nous faut pénétrer comme des géomètres,

Mesurant au compas le tracé des augures,

À l'équerre alignant ce qu'on risque d'omettre.

67.

Il paraît qu'à Dainville un canard sans vergogne

Pourrait tremper son bec dans les becques flamandes

Et livrer comme un scoop de mon tueur la trogne...

Certains l'ont annoncé sans que je le quémande.

68.

L'inspecteur confirmé fait parler le cadavre

Mais s'il est passé maître en cet art d'haruspice

Il reste un apprenti quand les morts se tapissent

Loin de son grain de sel et qu'un autre les poivre.

69.

Aléatoires pions des damiers de rancunes

À notre insu poussés par des forces sans nombre

On se croit tout puissant, et plutôt trois fois qu'une,

Alors que le grand maître est dans la bouche d'ombre.

70.

On voulait le cacher en ces temps délétères

Mais dans chaque édito c'est le scoop à venir

Ce n'est plus un secret ; Dunkerque a son affaire,

Un grand maître à juger, si l'on peut le saisir.

71.

Quand la chair et les os connaissent la rupture,

Quand vacille la vie et s'en va à vau-l'ea:u,

Quand le fol assassin est aussi mégalo,

Le vice s'avilit jusqu'à la démesure.

72.

Qu'est devenu le temps du gorille sagace

Qui se dépucelait aux plis du magistrat ?

Chacun sait que se perd tout ce qu'enregistra

Georges, quand l'impuissant de pucelles s'agace.

73.:

Si l'enquêteur féru des plus vieilles légendes

Savait que steak et peur sont saisis de ce bleu

Qui teinte aussi la barbe et les rêves morbleu !

Il saurait cuisiner un roi de contrebande.

74.

Les petits chats parfois, heureux qu'on les cajole,

Font fête à la mégère et ronronnent gaiement

Tandis que la victime emmurée dans sa geôle

S'apprivoise à la mort, s'en nourrit doucement.

75.

La mort parfois s'invite aux ténébreuses berges

D'un lac abandonné où la victime étrange

Faiblement dans le froid, dans la neige et la fange

Est l'ombre du remords de la mort qui gamberge.

76.

Quand l'enquête a besoin , pour lui servir d'expert,

D'un œil observateur et sûr de son affaire,

L'oculaire étalon auquel on se réfère

Observe ses clients sans commettre d'impairs.

77.

On a les coups qu'on peut, mais les coups de François

Ne sont pas ceux du père et s'il remplit la coupe

C'est dans la dévotion aux amours qu'il découpe

En couplets si fervents qu'ils nous laissent pantois.

78.

Petit Chaperon Rouge a rencontré le loup

Si joli, si discret, d'un commerce agréable

Et bien plus prévenant que le mâle insatiable...

Un loup passé grand maître en matière de coups.

79.

Ce discret séducteur pour qui chacune en pince,

Dévorée de désir, sous le charme et mordue,

Se promet d'accomplir sous ses airs de bon prince

Le salace projet des amours défendues.

80.

Ah ! Si notre assassin pouvait plagier Gainsbourg

Célébrant comme lui ce «  Mister Hyde en moi »

Et sublimer les fleurs des vénéneux émois.

Mais il a d'autres chants et nous cueille à rebours.

81.

Comprendre sans juger nous disait Simenon

Comprendre le pourquoi des exactions humaines

comprendre le comment de ce qui nous malmène

Comprendre le miroir de nos propres démons.

82.

En ces préparatifs de joyeuses ripailles

Le grand maître apparaît, on l'accouche en liesse ;

Des quatrains sibyllins se finit la grossesse ;

Victime et meurtrier vagissent sur la paille.

25/01/2012, Jean-Pierre Bocquet