Pour son troisième polar, Jean-Pierre Bocquet se met à l'ésotérisme

Publié le 26/02/2013 - Mis à jour le 26/02/2013 à 02:32

Par La Voix Du Nord

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Le Téteghémois Jean-Pierre Bocquet commence à se faire un nom dans le monde du polar. Son troisième roman noir, « Quai des cadavres » sort aux éditions Ravet-Anceau. Ésotérique mais aussi philosophique, il embarque le lecteur dans le milieu de la franc-maçonnerie, un monde que l'auteur connaît bien.

 Le nouveau polar de Jean-Pierre Bocquet se passe dans le milieu de la franc-maçonnerie, qu'il connaît bien.

PAR ANNICK MICHAUD

dunkerque@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

Un mot sur l'intrigue de « Quai des cadavres » ?

« Un joggeur découvre, vers 6 h du matin, le cadavre d'un franc-maçon, au bout de la jetée du canal exutoire. Trente mètres avant la grille, il tombe sur le corps d'un franc-maçon revêtu de ses décors, un compas fiché dans la poitrine. Mais ce n'est pas ce qui l'a tué. Le cadavre a quelque chose de particulier : ses pupilles continuent à se dilater avec la lumière et des larmes de sang coulent de ses yeux. C'est très mystérieux. Les policiers décident de ne pas communiquer l'affaire à la presse. Ils contactent des inspecteurs spécialisés dans ce genre d'affaire, eux-mêmes francs-maçons.

D'ailleurs, leurs deux prénoms accolés forment un mot de passe maçonnique. Ce qui se développe dans l'enquête, c'est qu'une organisation, Les Nouveaux Néphilim*, a décidé de prendre le pouvoir partout dans le monde. Elle s'attaque à tout ce qui peut être facteur d'émancipation, comme la franc-maçonnerie, qu'elle cherche à discréditer. Elle a des méthodes scientifiques : elle a ainsi trouvé un virus qui peut "voler" la mémoire d'un individu, le faire se comporter comme un robot et le tuer. 70 % de l'enquête se passe à Dunkerque. »

Pourquoi un polar autour de la franc-maçonnerie ?

« Aujourd'hui, comme par le passé, on est dans des modes d'organisation et de gouvernance mondiale qui font qu'individuellement ou collectivement, les gens ont la passion du pouvoir et de la domination. Je reste persuadé que la franc-maçonnerie est une opposition à ces forces d'asservissement et de domination de l'individu. »

C'est aussi un sujet vendeur... « On me dit que ça fait vendre. Il y a une attirance du public pour ce genre de chose. Mais je ne l'ai pas fait pour ça. J'ai envie de montrer que la franc-maçonnerie n'est pas ce qu'on en pense ; ce n'est pas une entreprise de domination. »

Vous connaissez bien ce milieu ?

« Je suis en franc-maçonnerie depuis vingt-six ans. J'ai écrit un polar au sens large du terme, mais en même temps une réflexion de franc-maçon sur la franc-maçonnerie, sur ce qu'elle est, ce qu'elle pourrait être car nul n'est parfait, et ce en quoi elle est quand même une entreprise d'émancipation par rapport à tous les conditionnements et asservissements qu'on subit de l'extérieur mais aussi de l'intérieur. Il existe aussi un ennemi intérieur en chacun de nous. J'ai voulu montrer les combats entre les forces d'asservissement et de progrès, extérieures, et le combat intérieur entre l'émancipation et le repli. »

Et pour le lecteur qui n'est pas franc-maçon ?

« C'est un polar qui va satisfaire sa curiosité, son goût du mystère, même s'il en trouvera moins que dans n'importe quel magazine : de toute façon, même si on disait tout sur la franc-maçonnerie, on ne peut pas la comprendre sans la vivre. C'est un polar ésotérique avec des touches de fantastique. On peut le lire pour se détendre, mais il incite aussi à réfléchir. »

Généralement, quand vous publiez un roman, le suivant est déjà bien entamé. Qu'en est-il cette fois ?

« Je suis en train d'écrire un polar pas maçonnique, Festins de veuves, où on retrouvera les inspecteurs Dubois et Delambre, comme dans mes deux premiers polars : deux pêcheurs en mer reviennent au port du Grand Large ; ils veulent aller donner du poisson et boire un verre avec un de leurs amis qui est sur un voilier, et y découvrent un macchabée. Et j'ai déjà en tête la suite de Quai des cadavres, dans lequel le joggeur va rentrer en franc-maçonnerie. •

 

* En référence à la Bible : les Néphilim sont des enfants (maléfiques) procréés par des anges déchus et des humaines.

 « Quai des cadavres », aux éditions Ravet-Anceau, 328 pages, 12,50 E.

Jean-Pierre Bocquet est aussi l'auteur de « La Peine de vivre » (éditions Amalthée, 2006) ; « Dunkerque sous le signe d'Othmane » (éditions Ravet-Anceau, 2010) ; « Un grand maître dunkerquois » (éditions Ravet-Anceau, 2012).