Travailler une heure par jour
Travailler une heure par jour, du collectif « bizi ! », aux éditions Asphodèle. Paru en 2011 au prix de 8€. Document de 64 pages.
Dans un monde en crise où s’entrecroisent l’urgence climatique et la justice sociale, vivre de façon responsable dans l’espace et dans le temps présuppose un constat : l’impossibilité d’une croissance matérielle infinie. Mais l’impératif respect des limites de la planète dans la justice et l’équité implique de comprendre le système qui nous régit pour pouvoir efficacement le changer. C’est à cela que répond le livre Travailler une heure par jour du mouvement altermondialiste « Bizi » - qui signifie Vivre ! en langue basque.
Cette critique a été rédigée par Jean-Pierre BOCQUET (http://jpbocquet.canalblog.com/) pour le compte du site www.les agents-litteraires.fr, site de critique et d’analyse d’ouvrages de littérature..
Sous un titre un peu provocateur qui résonne comme un écho d’un certain Droit à la paresse, se cache en réalité une étude claire et rigoureusement structurée, très argumentée, des faux-semblants du capitalisme effréné qui nous enlise et nous mène inexorablement à la catastrophe pour satisfaire la seule loi du profit alors qu’en consommant et qu’en travaillant autrement, selon des principes, des critères et des finalités différents de ceux qui nous aliènent à la marchandisation généralisée, un modèle de vie plus harmonieux est possible. Chiffres et données, tableaux et graphiques, références ciblées et annexes s’intègrent à l’argumentaire de ce fascicule très pédagogique. On apprécie le souci constant de prévenir en cours d’analyse les objections qu’elle pourrait soulever de même que la façon de renverser l’accusation d’utopie dont les tenants de l’idéologie en place pourraient la taxer.
L’analyse a de quoi séduire. Reste à supposer des états et des individus assez vertueux pour la mettre en pratique. Comment susciter l’adhésion à son projet ? C’est peut-être ce que Bizi ne nous dit pas suffisamment.
Il n’est pas question de trancher ici. À chaque lecteur de voir s’il s’agit bien de choisir entre « équité ou oppression, liberté ou aliénation, civilisation ou barbarie ». Ce qui est sûr, c’est qu’à l’heure de la mystique des agences de notation et des solutions qu’on nous serine comme autant d’inexorables fatalités, cet ouvrage contribue utilement aux débats qui nous agitent et nous donne à penser. À lire absolument.
Note : 4/5
Éric Mansfield, L’École du regard dans Les Yeux d’Elsa d’Aragon et dans Les Yeux fertiles d’Éluard. Essai, Éditions Thélès, 2008
Étude thématique de l’œuvre d’Aragon, Les Yeux d’Elsa, et de celle d’Éluard, Les Yeux fertiles, dans la déliquescence qui caractérise la France de l’époque et selon l’école du regard. Les Yeux d’Elsa constitue au sens symbolique une tentative de re-construction politique par la médiation d’un certain regard poétique. Aragon y rejoint Éluard dans la volonté d’éduquer le regard et d’en faire le réceptacle de la lumière dont la femme est le foyer.
Cette critique a été rédigée par Jean-Pierre BOCQUET (http://jpbocquet.canalblog.com ) pour le compte du site www.les agents-litteraires.fr, site de critique et d’analyse d’ouvrages de littérature.
Voici un essai qui n’implique ni érudition, ni maîtrise des arcanes surréalistes mais, plutôt, que le lecteur abandonne d’abord ses propres préjugés en matière d’analyse poétique. Des auteurs aux œuvres analysées, de l’École du regard au surréalisme, Éric Mansfield procède à la manière d’un bâtisseur qui rassemble peu à peu les matériaux, explique le maniement des outils et des techniques à utiliser pour ériger l’édifice, sélectionne les savoirs requis, trace l’épure et définit les principes généraux de l’architecture à l’œuvre.
Ainsi patiemment initié – et parfois fort pédagogiquement -, le lecteur peut alors le suivre dans les déclinaisons décisives qui s’instaurent entre l’écriture poétique et les jeux de miroirs de ce qui regarde et de ce qui est regardé. Et il semble en effet que l’œil soit omniprésent dans l’art surréaliste, incomparable source d’énergie qui réconcilie l’homme avec lui-même, l’ouvre à l’harmonie d’un cosmos, le rédime et lui permet de vaincre le temps et la mort quand il est celui de la femme aimée.
Un peu à la manière d’Éluard, Éric Mansfield donne à voir au lecteur ce qu’il n’a pas encore vu mais qu’à partir de là il verra lui aussi en opérant sa propre conversion du regard. Même l’abondante bibliographie critique et autres annexes qui accompagnent l’essai sont structurées de manière à ouvrir d’autres voies, d’autres vecteurs de recherche d’une « histoire des Regards dans la littérature » dont cet essai jette à sa manière les bases. Peu importe que l’image d’Aragon ou d’Éluard qui nous est ici proposée s’écarte parfois des discours reçus, ce qui compte c’est qu’il puisse un jour se parer du beau titre de précurseur… Malgré la rigueur de sa démonstration, il est pourtant resté fidèle à l’élan de deux immenses poètes du XXème siècle dont l’un a préféré Elsa au suicide et dont l’autre avoue à la femme aimée qu’elle lui a donné la vie. C’est sans doute parce qu’à l’instar d’Éluard et d’Aragon, qu’indéniablement il admire, Éric Mansfield n’oublie jamais dans son essai de donner « à la raison des ailes vagabondes ». Finalement, dans cette projection automatique de l’état existentiel qu’est la poésie, seule la force du regard peut arracher les poètes aux ténèbres où ils s’enlisent et ils se rendent à l’évidence que « le salut sera de rouvrir les yeux au monde à travers l’image visuelle de la femme ».
Alors, nous aussi, nous pouvons souscrire à l’essai en recourant à la formule d’Éluard : « Signe ce que tu approuves. » Nous approuvons, nous signons et s’il fallait mettre une note, nous attribuerions celle de 4,5 / 5.









































