sisyphe*

Dans ses Carnets, Camus constate que « dans ce monde, il y a les témoins et les gâcheurs. Dès qu’un homme témoigne et meurt, on gâche son témoignage par les mots, la prédication, l’art, etc. » et déplore ainsi que le christianisme ait gâché le témoignage du Christ…

N’oublions jamais : que de tonitruants prédicateurs des années 30, en vue ou anonymes, se sont tus, terrés, rapetissés dès 1940 ! Les mêmes, qui trônaient publiquement sur les estrades, en quête de renom et de prébendes, quand tout semblait aller pour le mieux, se turent et rasèrent les murs, courbèrent servilement l’échine devant les maîtres du moment, collaborèrent au besoin à l’abomination en cours… Les plus habiles de ces lombrics négocièrent habilement le virage à la Libération, cognant et jugeant, condamnant sans vergogne et n’absolvant personne, et prêchant à nouveau, carriérisme obligeant.

Mais, affirme Camus par ailleurs : « Qu’est-ce que l’homme ? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux. » Quant à balancer les gâcheurs, c’est une autre paire de manches !

On voit à nouveau aujourd’hui, dans un contexte d’hypermédiatisation et d’omnipotence des réseaux sociaux, fleurir les abjections de l’antisémitisme, de l’homophobie, de l’islamophobie, de l’antimaçonnisme, de la théorie du complot… Et, parallèlement, l’on voit à nouveau, de grands prédicateurs en vase clos, se cacher, se taire et se blanchir de toute appartenance. En somme, ceux qui les manipulent en les intimidant ont déjà gagné puisque les pleutres révèlent qu’ils n’ont ni liberté de conscience ni liberté de pensée.

Espérons quant à nous, femmes et hommes libres engagés dans la démarche initiatique de la construction d’un Temple à ciel ouvert, ne pas céder à la panique des affichettes ni des graffitis, encore moins aux menaces de ceux que nous dérangeons… Notre force est en nous.

* Sisyphe